
1982 — concert Salle Jeanne d’Arc — 50 punks + 100 curieux
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Concert salle Jeanne d’Arc
50 punks + 100 curieux
Lundi soir, salle Jeanne d’Arc, 21h30, clac ! Les lumières s’allument avec une heure de retard, on est habitué — trois petites punaises apparaissent sur les planches : 1, 2… 1, 2, 3, 4, boum ! Tous les morceaux commencent ainsi car c’est inscrit dans le cerveau des rockers.
Et vlam ! vlam ! bonjour le punk-rocker des boums entre copains. Ils ont seize ans, une basse, une guitare et des tam-tam, et c’est du toc ! Ils s’appellent “Chaos” et viennent de Clermont-Ferrand. Mais il ne suffit pas d’avoir la voix qui fait “AARRRG” comme Sid Vicious.
Heureusement, la soirée ne fait que commencer ! Voici qu’arrivent les “Outcasts” sur le coup des dix heures et demie. “Bonsouâr San-Etwienne !”. C’est l’imposant bassiste blond et hirsute qui vient de parler. Il jette un regard sur les 150 personnes présentes. Tans pis ! On fera comme s’il y en avait 2000.
Là, c’est du sérieux ! Le batteur, tondu à la “Skin Head” tape comme un marteau pilon. Les deux guitaristes excellent dans le style “Riffs à tailler les oreilles en pointe”. Le bassiste éructe un chant barbare d’une violence réjouissante.
Ça tourne rond, ça tombe carré ! Les spectateurs commencent à bouger.
Tout avait pourtant mal commencé pour “Outcasts”, avec le vol de leurs instruments pendant le voyage, et c’est donc sur des guitares prêtées par des musiciens de la ville qu’ils nous assènent leurs compositions rageuses à souhait. Les morceaux ont pour titre : “Beating and screaming”, “Winter”, “Magnum force”, “Blood and thunder”… Sang et tripes ! Qui donne son nom à leur dernier 33 tours.
Leur musique est un cri ! La plainte étouffante de quatre musiciens irlandais résidant à Belfast qui connaissent tout de la violence quotidienne et absurde.
Les barbelés, les grenades et la mort sont présents sur la scène. Il en ont l’interprétation magistrale. “Outcasts” est indéniablement un bon groupe.
Ceci dit, on peut s’interroger sur deux choses à la sortie de ce concert :
- Le punk-rock va-t-il enfin se décider à mourir ? Lui qui n’en finit pas de se répéter ! De récupérer à son compte guerres et révolutions, afin de transmettre un message plus ou moins crédible selon les groupes ? Faut il obligatoirement un message politique pour qu’une musique soit crédible ?
- Qui cela intéresse-t-il ? A en juger par l’affluence, ce concert organisé par la radio S.W.K est un “bide” financier ! Alors mis à part les cinquante fanatiques de rigueur… (que le chanteur trouvait par ailleurs fort calmes… “You’re so quiet ! Make noise ! — “Vous êtes si tranquilles ! Faites du bruit !”)
Qui viendra la prochaine fois ?
Il faut, sans doute, autre chose que le punk-rock pour faire bouger Saint-Étienne.
